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Alors que la maladie d'Alzheimer touche plus de 800.000 personnes en France - des chiffres déjà inquiétants et qui vont rapidement augmenter avec le vieillissement de la population -, toute nouvelle piste de recherche prometteuse suscite l'intérêt. C'est le cas de la dernière découverte du Pr Beaulieu et de son équipe (Inserm U788 "Stéroïdes, neuroprotection et neurorégénération", université Paris XI), dont l'annonce a permis de rassembler ce matin, dans une magnifique salle de l'Académie des sciences, des journalistes et de très nombreuses personnalités. Ce travail est publié aux États-Unis dans les Proceedings of the National Academy of Sciences.
Pour comprendre son importance, il faut savoir que la maladie d'Alzheimer se caractérise par deux types de lésions : d'une part, des dépôts de plaques de protéines bêta-amyloïdes autour des neurones ; d'autre part, l'accumulation de protéines Tau dans les cellules nerveuses. Naturellement présente dans le système nerveux central, Tau joue un rôle important dans le bon fonctionnement des neurones. Son amas anormal dans le cerveau, sous forme de "buissons", perturbe le fonctionnement des cellules neuronales, favorisant le développement de la maladie d'Alzheimer, mais aussi de plusieurs autres formes de maladies neurodégénératives. Évaluer les risques C'est sur cette protéine que portent les travaux du Pr Beaulieu. Son équipe et lui viennent de caractériser l'interaction entre cette protéine Tau et une autre protéine naturellement très abondante dans le cerveau et appelée FKBP52. Ils ont démontré in vitro - donc en laboratoire - que la protéine FKBP52 supprimait l'activité de la protéine Tau. En clair, une forte expression de FKBP52 empêche l'accumulation de protéines Tau dans les cellules nerveuses. D'où un double espoir : celui de pouvoir mesurer la quantité de protéines FKBP52 chez les personnes pour évaluer leur risque ultérieur de développer une maladie d'Alzheimer (l'étude devrait bientôt commencer à l'hôpital Charles Foix d'Ivry, en région parisienne) et, surtout, celui de trouver des médicaments capables de stimuler cette protéine anti-Tau. "Les laboratoires ont déjà dans leurs tiroirs des molécules ayant ce mode d'action, mais dont ils ne savaient que faire", selon le Pr Baulieu. Néanmoins, un autre médicament "anti-Tau", agissant de façon différente, est actuellement expérimenté chez l'homme.
Les spécialistes présents ce matin ont salué "l'enthousiasme habituel" du Pr Baulieu et confirmé l'intérêt de cette voie de recherche. Mais ils ont totalement contredit son affirmation selon laquelle "il faudra deux à trois ans pour découvrir l'arme "anti-Tau" capable de stimuler la production de FKBP52. Pourtant, cet enthousiasme paye manifestement puisque Pierre Bergé a décidé de soutenir financièrement ses travaux, et qu'un appel aux dons a été lancé sur écran pour la fondation "Vivre longtemps et l'Institut Baulieu", en fin de séance. |